Critique : Sa Majesté des Mouches

Classique parmi les romans de robinsonnades, Sa Majesté des Mouches est avant tout une allégorie de l’histoire de nos sociétés passée par le filtre de l’enfance. Des thèmes comme la politique, la religion et la guerre y sont brassés dans cette aventure. Le destin d’un groupe d’enfants échoué sur une île déserte : véritable vase clos hors du temps. Une micro-civilisation vivant en accélérée dans l’attente des secours.

Résumé : Survie sur l’île

Le pitch est simple : l’avion transportant un groupe de garçons britanniques se crash sur une île déserte. En l’absence d’adultes, les enfants vont devoir survivre dans ce milieu hostile. Très vite, ils éliront un leader, Ralph (le personnage principal) ; à l’aide d’une conque qui lui servira à rallier les enfants, il tentera de maintenir une organisation afin de trouver une solution pour quitter l’île. Il sera vite secondé par Peterkin alias Porcinet, enfant intelligent souvent rejeté à cause de son obésité. Les premiers jours, ils réussiront à maintenir un semblant d’ordre.

Les enfants accepteront d’effectuer les quelques tâches indispensables à leur survie. Seuls les enfants plus jeunes resteront livrés à eux même, passant leur journée à se gaver de fruits et à souffrir de colique. Bientôt des désaccords naîtront entre Ralph et Jack Merridew. Cela marquera le début d’un conflit et de la séparation des enfants en deux camps. Ce dernier s’amplifie lorsque l’équipe de Jack, chargé de la chasse et de l’entretien du feu, va négliger le second pour le premier et va ainsi laisser passer un bateau.

Résumé : Escalade de la violence

Par la suite, un parachutiste, suite au crash de son avion, va s’échouer sur l’île. Le corps de ce dernier combiné à son parachute sera pris pour un monstre par certains enfants. Cet événement scellera la scission entre les enfants. Jack et sa bande se séparent définitivement de Ralph. Suite à une chasse, ils captureront une truie, la dépèceront et planteront sa tête sur une pique en offrande au monstre. Lorsqu’un des enfants tombera plus tard sur la tête en train de pourrir, il la surnommera Sa Majesté des Mouches.

S’ensuivra une escalade de violence. La bande de Jack, retourné presque à l’état sauvage se mettront à pourchasser et capturer les enfants de l’autre camp. En tentant de voler les lunettes de Porcinet, afin d’allumer un feu, ce dernier se fera tuer. Ralph restera le seul enfant encore libre. Les autres le traqueront en mettant le feu à la forêt afin de le débusquer. Alors que Ralph regagnera la plage, acculé, il tombera sur les secours, enfin débarqués. Face aux secours, les naufragés abandonneront leur violence et redeviendront des enfants ; certains fonderont en larmes.

Analyse

Très vite sur l’île, deux systèmes vont se mettre en place, un démocratique sous l’impulsion de Ralph réussissant à réunir les enfants sous un symbole : la coque ; l’autre système est plus autoritaire et axé sur la loi du plus fort, il sera mis en place par Jack. Il est a noté que c’est par rébellion envers le système de Ralph que celui de Jack va naître et réussir à anéantir le premier.

Porcinet, enfant intelligent bien que disgracieux, quant à lui incarne le savoir qui décidera de s’allier à la démocratie de Ralph. D’autres enfants incarneront des archétypes, comme les plus jeunes enfants qui semblent symboliser les masses ignorantes ; ils se gavent de fruits quittent à mettre leur santé en péril et recommence lorsque le mal à disparu.

Sa Majesté des Mouches, la tête de porc en décomposition, prendra le rôle d’idole païenne ; le protecteur des enfants contre le monstre. Un éternel retour à la religion.

Il est à noté que le roman est sorti en 1954, peu de temps après la fin de la seconde guerre mondiale. Le récit vu sur un angle historique, peut être interprété comme une mise en garde contre les régimes totalitaires ; le camp de Ralph représentant les démocraties occidentales et celui de Jack, des doctrines comme le nazisme, le fascisme voir le communisme.

Pour finir, il est évident que le roman met en lumière la face sombre de tout être humain, celle présente en nous et ce dès l’enfance. Le retour à la barbarie et la sauvagerie étant bien plus proche pour nous que l’on ne le croit, cette force obscur n’étant enfermé que par le cocon de la civilisation.

Mon avis

Se déroulant dans le cadre toujours fascinant d’une île déserte, Sa Majesté des Mouches est à la fois une formidable fable sociale et un roman plein d’aventures et de mystères. Les robinsonades ont toujours eu la capacité de faire facilement mouche ; le destin d’enfants aux caractères marqués livrés à eux même est passionnant à suivre. Sous le filtre de l’enfance, la nature humaine est exacerbée. On assiste au subtile mélange de l’innocence et de la noirceur.

Il est à noté que Sa Majesté des Mouches rappelle la série Lost sur certains aspects. On vit les mystères de l’île avec les enfants, leur périple est le notre. La cohérence de l’évolution de cette société infantile semble bluffante et le fait qu’on y croit renforce l’adhésion au récit et aux messages qui y sont associés.

Avec Robinson Crusoë, Sa Majesté des Mouches est l’un des meilleurs romans de robinsonnades. A la fois une fable sociale et une aventure passionnante. De plus, son accessibilité en fait une belle entrée en matière pour initier un enfant à la lecture.

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