Critique : Le comte de Monte-Cristo

Probablement la plus grande œuvre de Dumas, Le comte de Monte-Cristo est un roman à plusieurs facettes : un récit d’aventures, de vengeances, d’amour ainsi qu’une critique du monde bourgeois, de la politique et des travers de l’âme humaine. Un livre qui s’appréhende de façons différentes selon les divers chapitres de l’histoire.

Le roman est très long (presque 1400 pages) et souvent inégal, il y raconte l’effroyable injustice à laquelle le malheureux Edmond Dantès est confrontée, son incarcération, sa fuite, sa transformation en comte de Monte-Cristo et enfin sa vengeance. Découpons notre critique et notre analyse en suivant ces cinq étapes.

L’injustice

Edmon Dantès est un jeune marin talentueux. Il est promit a un poste de capitaine du navire marchand Le Pharaon et il est fiancé à la belle catalane Mercèdés. Ces bonheurs causent beaucoup de jalousie : Danglars sont coéquipier qui convoite le même poste au sein du navire et Fernand, le prétendant éconduit de Mercèdés. Ces derniers vont alors comploter contre Edmond afin de le faire tomber.

Le Pharaon a récemment fait escale sur l’île d’Elbe où est exilé Napoléon. Danglars écrira un faux message, soit disant confié par l’ancien empereur à Edmond à destination de bonapartistes restés en France. Fernand livrera le message au procureur Villefort ; d’abord peu convaincu de la culpabilité d’Edmond, le procureur, s’apercevant que la lettre est destiné à son propre père bonapartiste et que Dantes à quand même lu l’adresse, décidera d’emprisonner Edmond dans la prison du château d’If ; rendant ainsi l’injustice totale.

Cette première partie, en plus de mettre en place une bonne partie des personnages importants ainsi que le contexte général de l’œuvre, met en scène la blessure originelle portée au personnage principal et qui motivera ensuite toutes ces décisions. Alors que le bonheur lui était acquis, un bonheur honnêtement gagné, tout fût détruit par la jalousie et la malfaisance de quelques hommes. A cet instant, Edmond Dantes est mort et le reste de son existence sera consacré à se venger lui même.

L’incarcération

Le château d'If
Le château d’If

Edmond Dantes est à présent incarcéré à la prison d’If, destiné à y périr oublié de tous. Les efforts des siens à le libérer seront vains. Se pensant oublié et songeant au suicide, il fera la connaissance de son voisin de cellule : l’abbé Faria avec qui il se liera d’amitié. Ce dernier creuse depuis dix-sept ans un tunnel et parlera plusieurs fois d’un fabuleux trésor l’attendant à l’extérieur (le faisant passé pour fou aux yeux des geôliers).

La partie du roman la plus sombre et la plus passionnante selon moi. Le personnage va osciller plusieurs fois entre l’espoir et le désespoir durant ses années d’emprisonnement ; il aura jusqu’à s’affamer et se laisser mourir. La rencontre providentiel avec l’abbé Faria changera son destin ; il prendra la place de la figure classique du mentor en parfaisant sa culture et son éducation, lui donner la richesse et surtout la liberté (cf. partie suivante). C’est ici que les germes de la vengeance commenceront à éclore en Edmond, lui donnant une énergie supplémentaire pour l’aider à fuire.

La fuite

Faria finira par mourir en révélant l’emplacement du trésor à Edmond. Ce dernier parviendra à s’enfuir en prenant la place du cadavre de l’abbé dans son sac mortuaire. Il sera jeté à la mer par les fossoyeurs, survivra et quittera le château d’If après quatorze ans d’incarcérations.

Faria terminera son rôle providentiel, sa mort permettant à Edmond de fuir sa prison. Le personnage parait être un miraculé, comme si la volonté de ses vengeances prochaines le protégeait des adversités afin qu’elles puissent s’accomplir.

La transformation

Après sa fuite et une fois arrivée sur l’île de Monte-Cristo où se trouve le trésor de Faria, Edmond deviendra immensément riche. En apprenant la mort dans la misère et le chagrin de son père et toujours remplis de rancunes, il adoptera sa nouvelle identité de Comte de Monte-Cristo et entamera sa quête de vengeance. Chacun de ses ennemis a eu un destin avantageux lors de son emprisonnement, ajoutant encore de l’injustice, le comble étant le mariage de Fernand (ainsi que son enrichissement) avec Mercédès. Avant de se consacrer à sa vengeance, il décidera de récompenser anonymement Caderousse, le voisin de son père et la famille Morrel, son ancien employeur, la seule personne ayant tenté de le faire sortir du château d’If.

A partir de ce moment, le personnage d’Edmond Dantes semble disparaître du récit tellement son changement est profond. L’injustice qui l’a frappée, son désir de vengeance mais également son enrichissement providentiel change totalement l’homme. Il ne semble devenir qu’un spectre puissant dont la vie ne tient qu’au but qu’il s’est fixé : Punir ses ennemis mais également récompenser les rares personnes qui ont bien agit envers lui.

La vengeance

Voici l’une des plus grosses parties du roman. Edmond Dantes dans son rôle du comte de Monte-Cristo va se rapprocher des différentes familles de ses ennemis ; entre autre en se liant d’amitié avec Albert, le fils de Fernand et Mercédès. A la suite de différentes ruses et manipulations, le comte va réussir à pousser Fernand au suicide, Villefort à la folie et Danglars à la ruine. S’interrogeant sur son droit à faire justice lui même et peu satisfait de sa vengeance, il décide de repartir en Orient avec Haydée une esclave qu’il avait achetée et dont il finit par tomber amoureux.

Il léguera son île à Valentine, la fille de Villefort et Maximilien, le fils de Morrel.

Cette partie ressemble à un puzzle dont les pièces se mettent lentement en place afin d’arriver au résultat que le lecteur attends depuis presque le début du roman : la vengeance d’Edmond Dantes.

Analyse

L'île de Monte-Cristo
L’île de Monte-Cristo

Lors des différentes étapes décrites ci-dessus, le personnage d’Edmond Dantes semble se transformer ; difficile de reconnaître en le comte de Monte-Cristo le jeune marin du début du roman ; l’épreuve de son incarcération au château d’If l’ayant transformé au point de se demander s’il s’agit de la même personne.

C’est non seulement le désir de vengeance qui aide le personnage à survivre et à continuer mais également l’héritage spirituelle (finalement plus important que l’héritage financier) de l’abbé Faria. Ce dernier en instruisant Edmond va lui permettre de tenir le rôle du comte de Monte-Cristo, encore plus que par la fortune ensuite léguée.

Une fois en possession de sa fortune le comte va s’assigner un rôle de juge presque divin. Il va récompenser les personnes qui l’ont soutenus jusqu’au bout et punir celles qui ont contribué à son malheur ; car malgré sa grande fortune et le pouvoir qui en découle, il se sentira incapable de pardonner à ceux qui l’ont empêché de mener une vie modeste et paisible auprès de Mercédès.

La longueur de la partie vengeance fait ressortir la patience dont fait preuve le comte dans sa quête de réparation. C’est une lente insertion dans la vie de ses ennemies qui va lui permettre de porter les coups fatals. Il est évident qu’il aurait été incapable de se contenter d’assassiner ses cibles ; vengeance sans doute trop douce. C’est bien en les ruinant, en brisant leur famille et leur réputation qu’il souhaite réparer son tort; sa propre vie étant depuis longtemps réduit en poussière malgré sa survie.

Le récit s’achève sur une vengeance accomplie mais non satisfaisante, probablement comme toutes les vengeances. Mais une fois son but accomplie le comte de Monte-Cristo va pouvoir renoncer aux fantômes du passé; il va lâcher prise et dire adieu définitivement à Edmond Dantes en partant vivre en orient avec Haydée.

Mon avis

Le comte de Monte-Cristo est un roman à multiples facettes qui souffle le chaud et le froid. La première partie est selon moi la meilleure ; la détention d’Edmond au Château d’If et son évasion sont le cœur du roman; nous y vivons tous les tourments d’un être pur. Le désespoir, le sentiment d’injustice, le désir de vengeance faisant émerger son côté obscur ; seul le soutien de son mentor, l’abbé Faria, l’empêchant de sombrer totalement. Le roman vaut la peine d’être lu rien que pour cette partie.

La deuxième partie, elle, tient le lecteur en haleine grâce à un élément : comment le comte va-t-il exercer sa vengeance ? Hélas, cette partie ressemble vite à un roman balzacien… sans la maîtrise de ce dernier; et même si plusieurs intrigues sont intéressantes, les scènes de vie bourgeoise prennent souvent trop de place dans le récit. Toutefois, ne me mécomprenez pas ; cette deuxième partie reste d’une grande qualité, elle souffre juste de la comparaison avec l’excellente première moitié du roman.

Le comte de Monte-Cristo est une épopée passionnante mêlant les genres. Si vous ne reculez pas face au nombre impressionnant de pages, vous passerez un excellent moment; surtout si vous respectez le format feuilletonnant de l’œuvre qui permet une lecture sur une plus longue période. La deuxième partie vous semblera peut être un peu longue, mais elle s’avère nécessaire pour la conclusion du récit.

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